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C'était un jour ordinaire, un jour sans mouvement, sans bruit, sans couleur, sans odeur, immobilisé dans ses voiles humides de lumières et d'ombres. De génération en génération, les choses de la vie, avec résignation, d'un pas lourd et régulier, poussaient les saisons aux quatre coins du village, sans heurt, le plus normalement du monde. Le village était entré, au premier hiver des années quarante, dans un crépuscule permanent. A la fin de la guerre les habitants n'avaient jamais trop su si «le boche» avait été bouté hors des frontières et à qui pouvaient bien encore appartenir l'Alsace et la Lorraine. Courbés au sol, entre levant et couchant, pour y glaner leur pitance, ils n'avaient jamais eu le temps de relever l'échiné pour explorer ce qui pouvait bien se passer au-delà de la contrée même à l'heure de l'angélus. Plus d'un demi-siècle après, ils continuaient à gratter en surface la glèbe, casseurs de pierre, au rythme de la charrue tirée par des juments comtoises. Oui, tout était normal, sauf, peut-être, une effervescence inhabituelle sur la place de l'église, rien qui ne vaille le sou pour améliorer la soupe du jour. C'était tout simplement un jour d'automne, banal à mourir, recroquevillé dans sa mélancolie incurable et souveraine. On ne pouvait pas trouver plus belle journée et plus bel endroit pour mettre cadavre en terre. Encore un, raison envolée, la mort dans l'âme d'avoir abandonné le terreau de ses ancêtres, qui revenait poussière, reprendre racines au pays et repeupler le cimetière.

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