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C'était un jour ordinaire, un jour sans mouvement, sans bruit, sans couleur, sans odeur, immobilisé dans ses voiles humides de lumières et d'ombres. De génération en génération, les choses de la vie, avec résignation, d'un pas lourd et régulier, poussaient les saisons aux quatre coins du village, sans heurt, le plus normalement du monde.


Au fil des saisons les couleurs du temps se multiplient à l'infini sans que nous puissions en maîtriser les nuances : les turbulences du monde se chargent selon leur bon plaisir de nous en revêtir sans nous demander avis. Chez certains, bénis des Dieux, tout est vif, criard, aveuglant, chatoyant. Pour d'autres, nés sous une mauvaise étoile, c'est la palette des noirs et gris, tristes et ternes et sombres...

Les couleurs nous regroupent en catégories, en clans et peuvent nous transformer collectivement en hordes barbares. Combat de la lumière et du néant. Leurs teintes multiples deviennent des balles. Le hasard nous a joué au fil des âges un bien vilain tour en nous collant à la peau des couleurs primaires qui se regardent de travers. Pourtant leurs mélanges sont toujours divins.

Hélas, la nécessité nous positionne chacun d'un coté de la barrière, le canon du fusil pointé sur le ventre d'un frère. Pierre emmuré dans la cage familiale, le cerveau emprisonné dans son école d'enfants de troupe, recherche, à la manière du Petit Poucet, dans sa nuit de gamin et d'adolescent les couleurs de sa vie. Tel un prisonnier il s'évade, se fait la belle. Il refuse de continuer son engagement militaire pour ne pas aller faire la guerre aux algériens en pleine lutte pour leur indépendance.

Par contre Pierre se porte volontaire comme instituteur en Grande Kabylie avec comme seules armes : l'écriture, le calcul, la lecture et sa bonne volonté. C'est dans cette région qu'il prend racines et découvre comme un enchantement les couleurs du monde lui qui n'en avait connue qu'une, celle de la grisaille. «Des Andelys à la Kabylie» est le premier tome «Des couleurs du temps».
Il retrace le parcours de Pierre de la naissance à son départ de Kabylie dans des circonstances dramatiques.

Le deuxième tome évoquera l'entrée de Pierre dans le monde du travail en métropole de 1962 à nos jours. Il se retrouve devant une nouvelle hiérarchie, celle des élus de la République, vigiles du peuple. Il se débat également pour ne pas être noyé par la déferlante du libéralisme sur fond de problème d'immigration reliant la France à l'Afrique. Ombres, pénombres, les teintes de la nuit cernent les contours de sa vie, engendrent l'angoisse.

Pierre rejettera catégoriquement tous les héritages non choisis et ne baissera jamais la garde, rêvant l'impossible : mélanger toutes les couleurs de la création sachant que la paix universelle est à ce prix.
Guy Beaujard


Par quel miracle ce jeune homme, Pierre, fils d'un père gendarme, autoritaire et brutal, qui le plaça très jeune à l'École des Enfants de Troupe, a-t-il pu prendre ses distances vis-à-vis de l'éducation militaire subie et sauver sa personnalité du naufrage ? Le voile levé avec délicatesse laisse entrevoir des réponses sans occulter la souffrance, jamais manifestée mais toujours présente. Refusant l'armée et quittant le " nœud de vipères " familial, c'est en Kabylie que ce jeune homme ira servir comme instituteur ; et ceci, en pleine lutte de l'Algérie pour son indépendance. Là, il s'épanouit dans un village qui l'adopte. Pierre, à peine sorti de l'adolescence, devient un homme, trouvant dans ses relations avec la société kabyle qui l'entoure la volonté d'agir et d'enseigner aux enfants la connaissance venue de l'Occident, tout en respectant celle qui fleurit dans la culture kabyle. Roman, et, plus encore, témoignage, ce livre invite le lecteur à trouver dans la culture d'autrui des éléments indispensables à la sienne. Pierre devra pourtant quitter la Kabylie dans des circonstances dramatiques. Guy Beaujard a fait ses études secondaires à l'école militaire des Enfants de Troupe, aux Andelys, en Normandie. Refusant d'opter pour la carrière des armes il sera volontaire pour aller enseigner en Algérie et sera affecté à Tirit-Naït-Oumaleck (Tifrit-Nath-Oumalek) en Grande Kabylie, de 1959 à 1962. Autodidacte, géomètre-topographe, il devient ingénieur régional de l'Equipe­ment en Franche-Comté. Son plus beau titre est celui de témoin non silencieux de son temps.


C'était un jour ordinaire, un jour sans mouvement, sans bruit, sans couleur, sans odeur, immobilisé dans ses voiles humides de lumières et d'ombres. De génération en génération, les choses de la vie, avec résignation, d'un pas lourd et régulier, poussaient les saisons aux quatre coins du village, sans heurt, le plus normalement du monde. Le village était entré, au premier hiver des années quarante, dans un crépuscule permanent. A la fin de la guerre les habitants n'avaient jamais trop su si «le boche» avait été bouté hors des frontières et à qui pouvaient bien encore appartenir l'Alsace et la Lorraine. Courbés au sol, entre levant et couchant, pour y glaner leur pitance, ils n'avaient jamais eu le temps de relever l'échiné pour explorer ce qui pouvait bien se passer au-delà de la contrée même à l'heure de l'angélus. Plus d'un demi-siècle après, ils continuaient à gratter en surface la glèbe, casseurs de pierre, au rythme de la charrue tirée par des juments comtoises. Oui, tout était normal, sauf, peut-être, une effervescence inhabituelle sur la place de l'église, rien qui ne vaille le sou pour améliorer la soupe du jour. C'était tout simplement un jour d'automne, banal à mourir, recroquevillé dans sa mélancolie incurable et souveraine. On ne pouvait pas trouver plus belle journée et plus bel endroit pour mettre cadavre en terre. Encore un, raison envolée, la mort dans l'âme d'avoir abandonné le terreau de ses ancêtres, qui revenait poussière, reprendre racines au pays et repeupler le cimetière.


Chez l'auteur : Guy Beaujard .
En le contactant sur son site : Avec dédicace au pris de 23 euros dont 3 euros de port.

43,avenue Boulloche
DOLE 39100
France
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03 84 79 02 83
https://guybeaujard.fr

Editeur : Cultures croisées, Roissy-en-Brie, France.Prix : 20.00 €. Sorti le : 21/07/2008

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