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Le passé d’Idjeur et son présent se confondent avec ceux du massif d’Akfadou à telle enseigne que la forêt semble fixer irrémédiablement un horizon fermé pour les citoyens. Pour parvenir à la commune d’Idjeur, qui culmine à 1000 m, il faut parcourir plus de 70 km à l’extrême est du chef-lieu de wilaya de Tizi Ouzou.

La route ne finit pas de sinuer, gravissant lentement les flancs d’Ifigha et Bouzeguène, le long du CW 251, qu’il faut quitter pour emprunter un anonyme chemin communal bordé de chétifs oliviers et faméliques figuiers. Sur le bord de la route, avec sérénité, des citoyens vaquent en famille à leurs occupations, la cueillette et le gaulage des olives. Des voitures sont laissées sur la chaussée. La paix règne et le temps est beau, le soleil haut et le ciel bleu. De toutes parts, des feux de bois fumigènes trahissent la présence de gens dans leur champ. Le secret de ce bonheur, qui n’est qu’apparence, est gardé dans les montagnes, sur les contreforts de l’Akfadou, veillant sur les sept villages : Iguersafene, Mehaga, Ighraine, Aït Aïcha, Tifrit, Bouaoune et Ighil Boukiassa.

Villages oubliés

 La commune d’Idjeur, d’une superficie de 72 km2, a été créée en 1984, en se détachant de la commune mère de Bouzeguène. A la faveur des élections locales du 24 novembre 2006, les 9 sièges de l’assemblée locale sont répartis avec une majorité absolue de 5 élus RND, 2 élus FLN et 2 autres du RCD. Idjeur s’enracine profondément dans le massif d’Akfadou et la forêt occupe les deux tiers de son territoire. Le revêtement du réseau routier représente la première préoccupation du citoyen. « Du chef-lieu communal vers le village de Mehaga (8 km), c’est une piste complètement accidentée. Selon une étude faite, le revêtement du tronçon coûtera 3,2 milliards de centimes et cela dépasse nos maigres budgets », ne cesse de clamer le maire, fraîchement élu. En plein hiver, la psychose de l’enclavement s’installe dans les esprits des villageois. Idjeur ne dispose pas de chasse-neige ni de pelle mécanique pour l’ouverture des routes enneigées. Le président d’APC rappelle que « l’année dernière, nous avons eu un tracteur sur lequel est fixée une lame, mais cela fut dérisoire face à l’ampleur de la tempête ». Un citoyen d’Iguersafene rassure : « Nul ne sera pris au dépourvu. Les stocks de bois assureront la survie immédiate des villageois, mais pas celle de la forêt qui voit ses chênes tomber les uns après les autres. » La singularité de la région d’Idjeur est la prise en charge citoyenne des besoins locaux en termes de développement et d’infrastructures de base. Au fils des décennies, les pouvoirs publics se sont contentés de regarder les choses se faire par et pour le citoyen. Il faut dire qu’avec 400 à 700 millions de centimes de PCD, l’essor ne peut être que minime. Eu égard à son potentiel agricole et forestier, l’avenir de la région est la réalisation de certaines retenues collinaires sur l’oued Akfadou, où la ressource existe à profusion. Un éleveur voit déjà « l’essor fulgurant des plantations grâce à l’irrigation ». « 70% de la ressource hydrique est captée actuellement aux dépens de la faune et de la flore locales qui, à terme, signifierait la disparition de l’Akfadou », dit notre interlocuteur et avertit que le remède reste l’alimentation de la localité en gaz de ville. « Il est question de fournir à Bouzeguène le gaz naturel à partir de Yakourène. Une conduite passant à la lisière de notre territoire peut bien être étendue vers le chef-lieu ». Le secret des innombrables réalisations réussies par les villageois d’Idjeur réside dans la mobilisation rationnelle et optimale de l’argent des ménages et de la communauté émigrée. Cette entreprise citoyenne s’appuie sur les comités de village qui sont un outil et un mode d’autogouvernance séculaire et parfaitement intégré par le villageois. « Chaque village a son ‘‘amin’’, choisi parmi le gotha des sages. Il est secondé par des ‘‘tamen’’ délégué par sa fratrie ‘‘adhroum’’. Les cotisations locales, l’essentiel des financements, sont répartis entre chômeurs et travailleurs avec, respectivement, 50 et 100 Da/mois. Alors que la communauté émigrée contribue, pour sa part, avec 50 euros pour les ‘‘rmistes’’, 100 euros pour les fonctionnaires et 200 euros pour les commerçants. Et les fonds sont collectés trimestriellement », nous explique un citoyen d’Iguersafene. « Il nous a fallu plus d’un an et demi de travail quasi-quotidien pour achever l’alimentation en eau potable de notre village à partir d’une source de la forêt », précise-t-il. C’est ainsi que l’alimentation en eau potable est totalement prise en charge par la population au plan financier et suivi technique. « Chaque village a déboursé, au minimum, plus de 2 milliards de centimes pour ce faire et l’aide publique est tout simplement dérisoire », précise un citoyen éleveur de son état. Mais, l’eau étant très ferreuse, la corrosion a altéré les conduites. « Des bergers n’hésitent pas à piquer le réseau dans la forêt qui leur sert de pâturage, pour abreuver leurs troupeaux », ajoute le P/APC. Refaire l’AEP et surveiller la qualité de l’eau semble hors de portée pour les responsables vu l’éloignement des villages, mais « nous restons vigilants par le biais du bureau d’hygiène. Nous distribuons des briques poreuses pour la multitude de puits domestiques et ils sont des centaines dans la commune », affirment les responsables locaux. « Des compteurs sont installés et la ressource est répartie en fonction du débit des sources avec un rationnement entre avril et octobre, mais sans limite pour la saison pluvieuse. Un foyer dispose de 50 à 60 l par personne quotidiennement. Des dispositifs logistiques et humains sont prévus pour cette répartition », apprend-on.

Ramassage scolaire inexistant

« J’ai 12 enfants scolarisés et il m’est arrivé de souhaiter qu’ils quittent l’école ne pouvant plus débourser plus de 10 000 DA mensuellement pour leur transport », nous révèle un père de famille. Les enfants du village de Tifrith sont les plus pénalisés par cet éloignement. « Nous disposons de 3 minibus », nous dit un élu. « Un collégien paie 600 Da/mois, mais pour le lycée, la somme s’élève à 1300 DA », nous apprend un père de famille. « Face à ces tarifs prohibitifs, près de 90 élèves sont pris en charge dans le cadre de l’aide sociale avec une aide de 300 DA des 600 prévus », ajoute le maire, lui aussi excédé par la cherté du ramassage scolaire. Idjeur possède un collège de 600 places, mais il a été « dopé » pour en contenir un millier. Les lycéens sont obligés de fréquenter les établissement de Yakourène, Azazga et Bouzeguène. « Un deuxième CEM (premier pas pour avoir un lycée) est inscrit pour notre commune, l’étude est faite ainsi que le choix de l’assiette de terrain, deux écoles primaires restent sans cantine, mais toutes sont chauffées », selon le P/APC. Quant aux citoyens, ils attendent toujours leur CFPA, « au moins une annexe pour nos jeunes ». « L’implantation d’un centre de santé est indispensable si nous voulons prévenir des drames à l’avenir. Pour évacuer un malade depuis son village vers Bouzeguène ou Azazga, il faut plus d’une heure et demie sur une route impraticable », nous dit un citoyen qui, il y a deux ans, a fait lui-même les frais de ce genre d’évacuation nocturne, mais « heureusement, un citoyen, infirmier de son état, m’avait fourni, en urgence des médicaments qu’il avait en sa possession », conclut-il. « Un seul médecin généraliste privé, un dentiste et aucune pharmacie dans la commune. Nous espérons toujours l’implantation d’une maternité chez nous et à défaut, équiper correctement nos unités de soins », suggère notre interlocuteur. Les 6 unités de soins existant à Idjeur ne sont ni équipées ni opérationnelles. « Pas d’infirmiers en nombre suffisant, ni de sages-femmes, ni de médecins spécialisés. Vous devez ramener avec vous les médicaments et les seringues », nous disent citoyens et élus.

Article paru le 26 décembre 2005 Source: www.elwatan.com

Par Abdenour Bouhireb

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